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EDITO

 

      L’Observatoire du métier de la scierie à l’écoute des scieurs français

 

 

            L’Observatoire du métier de la scierie livre dans ce dossier sa première étude d’envergure portant :

-sur une enquête auprès d’un échantillonnage de scieurs français et de leurs clients (négociants, charpentiers, menuisiers, fabricants de maison ossature bois, emballeurs…),

- sur une étude prospective de la scierie française à 2016.

           

            Le professionnel de la scierie ou tout autre acteur de la filière bois trouvera une multitude d’informations qui permettront à chacun de repositionner sa vision du métier. Dans les travaux proposés, l’Observatoire a voulu pointer, en toute indépendance, les évolutions marquantes, présentes et celles à venir, tant du secteur lui-même mais aussi de son  principal marché, le bâtiment, au travers de la charpente, fenêtre, parquet, lambris, maison ossature bois... et des nouvelles attentes des consommateurs.

            Sachant que la scierie française avec ses 10 millions de m3 de sciage annuel, a du mal à trouver le second souffle qui lui permettrait de recoller au wagon de tête des scieries européennes, l’étude a constamment recentré ses interrogations sur les solutions à apporter pour être plus pertinents dans les domaines de la production, de la revalorisation et  des attentes du marché.

            Les travaux ont fait ressortir que  la faiblesse du premier maillon de la filière bois se porte au niveau de ses modestes moyens capitalistiques.  Il lui est par conséquent difficile d’être concurrentiel à l’échelle industrielle. Toutefois, sa force est d’évoluer dans un secteur, certes qui se concentre, fait de PME familiales ancrées sur le territoire.  Ces dernières ont un fort capital « savoir-faire » et une connaissance culturelle du matériau bois. Mais ces atouts suffiront-t-ils demain pour être compétitives et perdurer ? Nul ne peut le prédire. Seule la cohérence des moyens de production, des stratégies d’entreprises et des politiques de développement territoriales aideront le milieu à se développer.

            L’enjeu, et de taille. Il dépend, en effet, de la valorisation de notre ressource nationale, soit 16 millions d’hectares produisant chaque année près de 80 millions de m3 de bois. Il doit aussi répondre à une demande exponentielle de bois de part les valeurs écologiques qu’il véhicule.

            Tout le monde s’accorde à dire que notre forêt ne doit pas être seulement un lieu de loisirs, mais aussi un moyen d’extraire de la richesse au travers les échanges commerciaux et les emplois engendrés. Mais que penser, et sans leur jeter la pierre,  des artisans et industriels de la seconde transformation qui, faute de trouver le produit adéquat (prix, qualité, spécificité)  à leurs besoins, sont obligés de se fournir à l’étranger ! Près de 35% de la consommation de sciage en France sont importés (essentiellement des pays nordiques, d’Allemagne, d’Autriche et des pays tropicaux, soit près de 3,5 millions de m3).

            Au bout du compte, l’étude proposée se veut surtout outil d’analyse pour susciter non la polémique, mais, en premier une interrogation et, en second un débat au sein de l’entreprise, puis dans les groupes syndicaux et interprofessionnels, mais aussi entre ceux qui ont en charge les politiques de développement local et national. Si tel est le cas ce sera une ouverture positive. Ce sera aussi le fruit d’une recherche portée depuis trois années par le groupe d’une quarantaine d’acteurs professionnels réunis au sein du club de scieurs développeurs et de leurs partenaires, associé à l’Observatoire du métier de la scierie.

           

 

 

 

 

 

 

 

 

      

     

OBSERVATOIRE du  METIER de la SCIERIE 

Le Charbonnier

69870 Lamure-sur-Azergues

 

 

 

 

 

 

LA SCIERIE FRANCAISE DU PRESENT A L’AVENIR

 

 

 

* INTRODUCTION GENERALE

 

* ENQUETE SCIERIE 2006

 

* ENQUETE UTILISATEURS BOIS

 

* ETUDE PROSPECTIVE SCIERIE 2016

 

* CONCLUSION GENERALE

 

 

             

            Introduction générale :

 

            L’objectif  des études « enquête scieries 2006 » et « enquête utilisateurs bois », présentées ci-après, est de faire un gros plan sur le secteur professionnel[1] de la scierie et de cerner les  attentes de sa clientèle.

            Il est aussi d’ébaucher par le biais de « l’étude prospective de la scierie française en 2016 » des voies de développement dans une mise en perspective du potentiel et des enjeux socio-économiques du pays mais aussi du monde.

            Et enfin, le dossier « étude de marché du secteur de la construction et  de  la maison bois en particulier » doit permettre de mieux cerner le principal marché utilisateur du matériau bois.

            L’ambition de cette recherche, portée par l’Observatoire du métier de la scierie[2], est de pointer les évolutions saillantes des principaux déterminants de l’exercice du métier de scieur et d’aider à mieux percevoir les problématiques des dirigeants ainsi que les mutations profondes dans lesquelles le milieu amont de la filière est engagé.

 

 

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I- « ENQUETE  SCIERIE 2006 »

 :

 

Enquête et étude réalisées  avec le soutien de la MFLS et du club associatif des scieurs développeurs et de leurs partenaires.   Enquête et étude réalisées sans aucun financement public.

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

1- Objectif  de l’enquête :

 

Près de 100 scieries éparpillées sur  39 départements ont répondu au printemps 2006 à l’enquête  de l’Observatoire du métier de la scierie. Cette enquête a été distribuée en partie par l’Observatoire mais aussi par  la Manufacture Forézienne de Lames de Scie, partenaire et adhérente de l’association. Elle a été remise soit en mains propres aux scieurs par les  dépositaires de lames, soit distribuée par courrier. Les retours se sont faits directement à l’Observatoire du métier de la scierie.

« Faire une photographie du milieu  en temps t» est le postulat de départ. Pour cette raison, cette enquête a prélevé des informations sur les types de produits, de revalorisation et sur la clientèle, mais aussi et surtout sur le projet d’entreprise (à court, moyen et long terme), sur les atouts, les faiblesses, les craintes et enfin sur la perception de l’avenir.

 

 

 

 

 

 

 

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2- Un échantillonnage, au final,  assez représentatif du milieu :

 

Il ressort d’essentiel que sur l’échantillonnage enquêté les scieries françaises :

-          sont à 80% installées à la campagne, 13% en zone périurbaine et 7% en ville,

-          le statut pour plus de 70 % d’entre elles est la société, à savoir SNC, SA, SARL. 30% sont des entreprises individuelles ou EURL,

-          40 % des scieries ont des effectifs compris en 6 et 19 salariés, et 27 % entre 1 et 5,

-          les essences sont aux 2/3 des résineux et 1/3 des feuillus,

-          plus de 45 % d’entre elles consomment moins de 3 000 m3/an  (il s’agit des entreprises artisanales),

-          plus de 42 % d’entre elles consomment entre 3 000 m3 et 20 000 m3/an (il s’agit des entreprises semi-industrielles),

-          11 % d’entre elles consomment plus de 20 000 m3 (il s’agit des entreprises industrielles)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Ce classement typologique intéressant peut être rapproché du classement national réalisé par             l’Observatoire du métier de la scierie[3] et d’après les enquêtes de branche qui        établissent le classement suivant :

 

-          43 % des scieries artisanales :                  production      <  1  500 m3 sciés/an

-          44 % des scieries semi-industrielles :       production     <  8  000 m3 sciés/an

-          13 % des scieries industrielles :               production      >   20 000 m3 sciés/an

 

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            3- Produits réalisés :

 

            En comptabilisant uniquement les champs d’activité des scieries (qui souvent s’additionnent dans une même entreprise), on constate que :

-          72 % des entreprises déclarent faire de la charpente sur-liste

-    35 % des entreprises déclarent  faire de la charpente standard

-          50 % des entreprises déclarent faire du parquet, de l’avivé et du plot.

 

D’autres produits sont aussi faits comme les lambris, les traverses SNCF, le sciage à façon, les merrains.

 

4-Clientèle des scieries :

 

56 % du volume d’activité des scieries enquêtées vont  en direction des entreprises utilisatrices de bois (industries, charpentiers, menuisiers, fabricant de palettes emballage…)

Le volume en direction des particuliers (pour les scieries artisanales et semi-industrielles) est de plus 20%. Cette donnée montre bien que le segment de la vente directe est en pleine évolution et qu’il n’est plus seulement réservé aux scieries artisanales.

La nouveauté est que les entreprises divulguent à présent la part de marché destiné aux particuliers.

Le négoce se maintient autour de 20%.

Quelque 4% du volume d’activité vont en direction de la GSB et ce sont les scieries industrielles qui possèdent cette clientèle.

 

 

 

 

 

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5-Revalorisation :

 

Près de 48% des entreprises traitent le bois. Près de 38 % le font sécher et plus de 35% le rabotent, et enfin 10% taillent la charpente et quelque % font du bois massif reconstitué. Certaines offrent des services complémentaires comme le traitement  Haute Température,  la livraison, le négoce, et considèrent ces services comme une revalorisation.

 

 

6-L’avenir :

 

Pour deux scieries sur trois, l’avenir est incertain, mais cependant prometteur pour plus de 23% des répondants. Seuls 6% le trouvent catastrophique et plus de 10 %  sont sans avis.

 

 

 

Vision de l’avenir pour les scieurs enquêtés

 Source : Observatoire métier scierie 2006

 

7-Craintes :

 

La première crainte est la concurrence européenne pour 45% des répondants. La deuxième est la conjoncture économique. L’aide insuffisante des pouvoirs publics préoccupe également 41 % des enquêtés. Viennent ensuite les craintes liées au personnel, à sa qualification, à l’insuffisance des équipements, à leur vieillissement, aux impayés, à l’aide frileuse des banques et à l’effondrement des marchés.

Parmi les autres craintes exprimées, on trouve aussi : les problèmes liés à l’achat des grumes (rétention ONF, système d’achat suicidaire), la concurrence, la santé du bâtiment, les charges, les normes, la « paperasserie » (la lourdeur administrative) et, enfin, la santé du dirigeant et le problème de sa succession.

 

8- Projet d’entreprise :

 

Sur cette thématique (en réponse ouverte), plus de 50 % des enquêtés ont dit avoir un projet (souvent même inscrit sur plusieurs champs), 31 % sont des projets à court terme, 29 % à moyen terme et 11 % à long terme.

L’autre moitié est sans projet ou tout au moins ne l’a pas exprimé.

En priorité des projets exprimés, on trouve :

-          l’amélioration du matériel et/ou bâtiment

-          le rabotage

-          le séchage

-          la revalorisation du bois

-          le négoce.

 

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            9-Atouts :

 

Le principal atout pour deux entreprises sur trois est :

-          le savoir-faire.

Ensuite, sept entreprises sur 10 considèrent comme autre atout :

-          le respect du délai.

Pour une sur deux :

-          la réactivité

-          la polyvalence du personnel

-          un matériel adapté.

Pour un tiers des répondants :

-          le travail en famille

D’autres atouts sont avancés :

-          la connaissance de son outil de production

-          le service de proximité

-          le transport…

 

10-Faiblesses :

 

La principale faiblesse est pour la moitié des répondants :

-          la lourdeur des investissements.

Puis, sont aussi soulevés :

-          l’incertitude de la succession,

-          l’emplacement géographique,

-          l’inadaptation du matériel et des salariés par manque de qualification

 

 

 

            11-Comparatif atouts/faiblesses :

 

            En croisant les données, on s’aperçoit que les énoncés et notamment le triptyque « savoir-faire  - délais - réactivité » sont très supérieurs aux faiblesses « lourdeur des investissements ». Les scieurs ont conscience de leur potentiel (moyen de production, savoir-faire) et cela leur permet de respecter les délais en étant réactifs. Mais, cet aspect peut être remis en question à tout moment à cause d’une non adaptation  d’un matériel qui ne peut être maintenu à la pointe de la technicité, du fait de la lourdeur des investissements (qui ralentit et stoppe même souvent l’initiative).

Le fragile équilibre  stigmatise, peut-être ici, la problématique essentielle du métier de scieur, à savoir « être toujours en phase avec les demandes du marché » en possédant les moyens de production les plus adaptés pour répondre au mieux à la règle prix/délai…

 

 

 

Graphique comparatif atouts et faiblesses des scieries

Source : Observatoire du métier de la scierie 2006

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            12-Conclusion :

 

            En donnant l’occasion à un échantillonnage d’une centaine de professionnels de la scierie d’exprimer les atouts et les faiblesses de leur entreprise, mais aussi en allant  chercher au fond de ces hommes de terrain « pressés et compressés par un métier difficile et exigeant »  leurs craintes sur le présent et celles sur l’avenir, cette enquête révèle :

 

-          des dirigeants qui peinent à se projeter dans l’avenir, que 61 % d’entre eux jugent incertain,

-          des dirigeants qui vivent plutôt dans le présent en essayant de « tenir » face à la concurrence, surtout européenne,

-          des dirigeants qui mettent en avant la force de production de leur entreprise en occultant totalement (dans les atouts, les faiblesses et les projets) la notion « force de vente » matériel et/ou immatérielle,

-          des dirigeants qui ne « luttent » plus autour de leur clocher mais, bel et bien, sur la grande place européenne en espérant un maintien de la conjoncture favorable au  secteur de la construction où le bois pourrait gagner encore beaucoup de parts de marché. Dans cet esprit, ils comptent sur la force du savoir-faire, de la famille, et des moyens de production (hommes et matériels) qu’ils cherchent perpétuellement à adapter aux situations diverses et évolutives de la scierie française.

 

            Ce n’est qu’avec cet ensemble (famille/savoir-faire/moyens de productions) optimisé que les entreprises pensent répondre à une clientèle toujours plus pressée et exigeante en matière de coût et de délais.

 

            Mais, cette mécanique, pourtant bien huilée par l’expérience et le dynamisme de l’entrepreneur-manager (homme orchestre) de scierie, est à la merci des banques, des fournisseurs de grumes, des administrations et d’une conjoncture qui, d’un jour à l’autre, peut mettre à terre la plus belle unité et la plus forte initiative (tant capitalistique qu’en terme d’investissement personnel).

            Cependant, cette étude révèle, en s’opposant à de nombreux clichés, que les entrepreneurs de scierie revalorisent déjà leurs sciages par traitement, séchage, rabotage, taille de charpente, bois massif reconstitué et s’ouvrent même à la vente directe et au négoce.

            Certes, « ce virage » n’est pas encore suffisant (dans le sens d’une massification de l’offre) pour satisfaire une demande forte émanant des utilisateurs qui, faute de trouver « le produit adapté », se soustraient à employer des bois d’importation. Toutefois, le désir d’apporter de la valeur ajoutée existe bel et bien. Cette réalité condamne ceux qui pensent que « les scieurs français  ne veulent pas évoluer vers davantage de valeur ajoutée sur le sciage tombant de scie ».

            La scierie française est remarquable par sa diversité. Elle est certes une lilliputienne volumétrique par rapport à ce qui se fait au sein des  grands groupes européens et mondiaux mais, son originalité qui repose sur la tradition, la connaissance d’un métier, d’un matériau, la passion de ses dirigeants (qu’ils soient scieurs dans les Pyrénées, le Jura, le massif Central, en Alsace, en Savoie ou dans le Pas-de-Calais), et surtout leur investissement personnel.

            Cette enquête a rempli son objectif initial (même si le nombre de réponses a été inférieur à ses espérances), c’est-à-dire celui de transcrire une image la plus proche d’un milieu qui veut perdurer même si les problèmes de succession et de main d’œuvre sont au cœur des enjeux de développement territoriaux.

            Des enjeux qu’il est nécessaire de rappeler :

-          maintien de l’emploi,

-          générer de l’activité en milieu rural (huit scieries sur dix selon l’enquête),

-          apporter de la richesse aux propriétaires de la ressource,

-          valoriser la ressource locale.

           

            Ce message doit être clair, dit et redit pour que ce maillon faible de la filière ne se rompt pas dans les mouvances tempétueuses du commerce, ou de la politique (qui doit donner un sens à l’action des territoires), ou encore dans le désarroi de ses praticiens (scieurs) qui, las de se battre, jettent parfois l’éponge. Cette enquête fait ressortir cet aspect. L’urgence aujourd’hui est d’écouter les acteurs pour mieux les comprendre et associer les compétences afin d’être plus forts ensemble sur la grande place du marché européen du bois scié, revalorisé ou non.

 

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            II- « ENQUETE  UTILISATEURS DE BOIS » :

 

 

1-      Le verdict des chiffres :

 

            On entend trop souvent dire que les utilisateurs de bois (menuisier, constructeur maison bois pour ne citer que ceux-ci) préfèrent les bois d’importation aux bois français. Une affirmation que les chiffres, malheureusement, ne démentent pas.

            En effet, les données statistiques  montrent que, aujourd’hui, on consomme en France quelque 10 millions de m3 de sciages produits sur le territoire mais qu’à ce nombre s’ajoutent 3,5 millions issus de l’importation  (80 % Résineux du Nord et Allemagne, auxquels se rajoutent  20 % de bois exotique) pour fabriquer charpente industrielle (fermette), bois massif reconstitué (BMR), maison ossature bois (MOB), Menuiserie (huisserie, porte, fenêtre, volet, bardage, lambris…), éléments de terrasse…

            L’écart qui se creuse d’année en année devient inquiétant et, c’est pour cette raison que l’observatoire du métier de la scierie a voulu comprendre ce qui pousse les utilisateurs de bois à  porter leur choix sur les bois d’importation. Ce débat ouvert n’a aucun esprit polémique. Il ne veut pas « aiguillonner » les partisans du bois d’origine française contre ceux  d’importation. Il a plutôt un sens constructif de recherche de solutions pour satisfaire artisans et industriels français qui utilisent et valorisent le matériau bois dans la construction, l’agencement intérieur et extérieur, le meuble et l’emballage.

 

 

 

 

 

 

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2-      Un échantillonnage mobilisant plus 70 000 m3 :

 

            Pour comprendre ce qui pousse les utilisateurs à faire le choix de bois d’importation, l’enquête qualitative leur a donné la parole. L’enquête a été très bien accueillie par aussi bien l’artisan menuisier  passant quelque  m3 de bois par année, que par l’industriel de l’emballage ou de la construction de maison bois, consommant sur ses chaînes de fabrication des milliers de m3 par an. Le point de vue des enquêtés a été très constructif et sans langue de bois ni « règlement de compte » envers les fournisseurs. Des fournisseurs qui sont essentiellement des négociants français ou des producteurs français ou étrangers (allemands surtout). Il est à noter que très peu d’enquêtés connaissent les volumes de bois utilisés en France et qu’ils ont été très surpris d’en apprendre la ventilation par quantité et origine.

            L’échantillonnage porte sur différents utilisateurs (fabricants de chalets, fabricants de HLL et terrasse en bois, menuisiers artisans, charpentiers industriels, menuisier industriel, négociant, coopérative, emballeurs industriels, constructeurs de MOB, charpentiers artisans)  « consommant » plus 70 000 m3 de sciages bruts ou revalorisés. Sur ce volume de 70 000 m3, en moyenne 40% se portent sur du bois origine France et 60% sur du bois d’importation. La part du bois d’origine française existe dans toutes les entreprises. Des pourcentages forts, de plus de 90%, existent chez les emballeurs ou en charpente-couverture mais des très faibles aussi, quelque % en menuiserie industrielle et fabricants de chalets. La part du bois d’importation existe dans toutes les entreprises. Elle est majoritaire en volume dans deux entreprises sur trois.

 

            3- Provenance des essences :

 

            Pour la part bois importation : 15 entreprises sur 24 utilisent du résineux sapin ou pin « bois du Nord » en avivés pour chalets, habitation légère de loisir, poutres en I, emballage, lamellé-collé. 5 entreprises sur 24 utilisent des sciages  résineux pour  la fermette venant d’Allemagne et du contrecollé type BMR venant d’Autriche.

            Le bois exotique venant d’Afrique, d’Asie et du Brésil est utilisé par 6 entreprises sur 24 pour la réalisation d’escaliers, terrasses, portes, fenêtres…Les bois les plus souvent cités  sont : Niangon, Framiré, Sipo, Bossé, Ipé, Teck, Palapi, Touari. Les moins cités sont l’Iroko, Movingui, Okoumé, Ozigo…

            La part bois d’origine française se distingue en  produits dits spéciaux que les utilisateurs ne trouvent pas sur le marché de l’importation ou qui viennent le compléter en « bouchant les trous » en cas de besoin urgent ! Les essences spécifiques le plus souvent citées sont : douglas, sapin, châtaignier, chêne, hêtre

                            

         4-  Pourquoi le choix du bois d’importation ?

 

         La majorité des vendeurs et utilisateurs de bois attendent du bois d’importation :

            - une qualité intrinsèque, du bois sec au % de siccité désiré par l’utilisation spécifique, un coût intéressant.

            Beaucoup trouvent aussi que le cahier des charges du triage, de la présentation des paquets est mieux respecté dans les sciages d’importation que pour les sciages français.

            La moitié des enquêtés affirme, surtout dans le résineux, ne pas trouver la qualité qu’elle recherche en France, sans pour autant dire qu’elle n’existe pas. En effet, certains disent que si l’on triait mieux le résineux, « on trouverait la qualité intrinsèque ». De même que certains se sont plaints du suivi de la qualité « les premiers camions sont bons et après il y a problème », ce qui les pousse à employer le bois d’importation.

            D’autres motivations significatives ont été relevées. On peut les classer en deux catégories :

-          la première liée au produit : croissance lente et serrée, habitude de se servir d’une essence, demande du client, bois normalisé, meilleure tenue peinture,   pas de rebus. produit prêt à l’emploi

-          la seconde liée au service : prix affiché,  réactivité du fournisseur, régularité de l’offre,  qualité suivie, service-délai, relation avec le fournisseur.

 

  

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 5- Conclusion : 

 

     L’étude révèle que les utilisateurs de bois veulent pouvoir :

-          utiliser dans leur process de fabrication des produits à la qualité régulière (regroupant qualité intrinsèque, bois sec et respect du cahier des charges sur la spécificité du produit et de sa présentation en paquet),

-          produire le moins de rebus possible,

-          avoir l’assurance que le produit reste stable tant dans les phases d’usinage à l’atelier qu’une fois posé chez le client,

-          être rassuré sur la pérennité de l’ouvrage, car il n’y a pas meilleure contre-publicité pour le matériau bois et l’entreprise qui l’a mis en oeuvre qu’un produit qui a fendu, s’est vrillé ou retiré

-          être davantage accompagné par leurs fournisseurs.

 

Même si le coût reste une notion importante, il n’est pas l’essentiel. En effet, les entreprises seraient prêtes à payer plus cher si le service était assuré. Si l’option du bois d’importation  est

prise, c’est que l’offre n’existe pas ou peu ou est encore mal connue sur les produits d’origine française, ou alors qu’elle n’est pas régulière et stable sur la  qualité. Une telle instabilité, certains disent « manque de rigueur », sanctionne sans détour les producteurs français. Lorsque l’offre existe, notamment sur le contrecollé en direction de la menuiserie, les utilisateurs le trouvent trop cher en comparaison aux bois exotiques qui, lorsqu’ils sont bien choisis, leur donnent entière satisfaction.

 

      Des interrogations sont soulevées par cette enquête qui pourrait être un point d’ancrage à de 

      futures réflexions, à savoir :

-          la qualité intrinsèque recherchée par les utilisateurs de bois résineux existe-t-elle vraiment en France pour faire massivement des produits techniques, comme le lamellé-collé, le contrecollé, la fermette, les bois d’ossature et la menuiserie du bâtiment ?

-          pourquoi le séchage manque-t-il massivement aux sciages français et surtout aux résineux (13% du volume sciage résineux est séché en 2004 alors que le bois d’importation l’est à 60% selon des estimations de  la Fnb) ?

 

 

1994

2004

Evolution des volumes en %

Estimation volume séché en %

Production sciages résineux français

6 809 000

7 490 000

+ 10

13

Importation

 

Dont :

-          Europe du Nord

-          Allemagne

1 607 000

 

3 283 000

+ 104

60

 

1 445 000

 

144 000

 

2 006 000

 

839 000 (Fermette)

 

+ 38

 

+ 482

70

 

50

Consommation apparente

 

8 416 000

 

10 773 000

 

+ 28

 

Exportation

300 000

629 000

 

 

 

Production, importation, exportation des sciages résineux entre 1994 et 2004 Source Fnb

 

- pourquoi n’arrive-t-on pas  à homogénéiser les livraisons en régularité du tri, présentation des charges et délai ?

- pourquoi n’arrive-t-on pas à baisser les coûts de production pour être compétitifs sur les produits contrecollés ?

 

Pour diminuer la part des importations, il conviendra de trouver des réponses aux questions ci-dessus.  Des utilisateurs nous ont dit « tenter des rapprochements » avec les producteurs français. Des producteurs qu’ils connaissent bien car ils leur achètent aussi du bois frais de sciage en produits spéciaux,  ou essences spécifiques, ou encore en dépannage « pour boucher les trous ».  Il semble que l’écoute s’améliore, que les problèmes se posent, se formalisent et que des solutions s’ébauchent avec les projets de mise en place de séchoirs pour sécher davantage de volumes en résineux. De plus, il se pourrait bien que dans un avenir proche et avec les problèmes liés à l’importation de bois exotiques, qui se raréfient, issus « d’exploitation douteuse », et/ou non certifiés que n’acceptent plus les marchés publics, un basculement s’opère sur les essences européennes feuillues mais aussi résineuses aux « origines contrôlées et certifiées».

           

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III – « ETUDE PROSPECTIVE : LA SCIERIE FRANCAISE A L’HORIZON 2016… »

 

 

1-Préambule:

 

L’histoire de la scierie française est à un tournant. Un de plus devrions-nous dire, car le chemin suivi depuis trente ans n’a pas  cessé d’être sinueux et tourmenté au gré des fluctuations socio-économiques. Le milieu  compte  désormais 2200 scieries éparpillées sur le territoire et produit  dix millions de m3 de sciage avec près de quinze mille salariés.

 

Quels seront l’avenir de ce secteur professionnel ancré dans le patrimoine forestier,  les traditions et les savoir-faire de la transformation du bois ? Quel sera aussi l’avenir des femmes et des hommes qui oeuvrent   avec  passion dans des entreprises le plus souvent familiales ? Un capital qu’il conviendra de faire perdurer ! Mais c’est sans compter que s’imposeront demain, plus qu’hier encore, des logiques économiques impitoyables auxquelles il conviendra de s’adapter au risque de disparaître… Les acteurs, chefs d’orchestre, continueront-ils dans leur grande majorité à diriger leurs affaires « au fil de l’eau », c'est-à-dire en se laissant porter par les courants économiques ou deviendront-ils des managers capables, parce qu’ils auront anticipé les mutations et su s’entourer de compétences, d’orienter des choix stratégiques et technologiques ?

 

Les secteurs, artisanal, semi-industriel, industriel, vont-ils se dissoudre, se banaliser dans la notion de « groupe » et de quelques unités de sciage maillant le territoire en « arrosant » de leurs produits normés et standardisés la grande distribution ? Où alors les trois secteurs du sciage national  vont-ils être capables de trouver les ressorts (économique, technique, politique, culturel) qui assureront non seulement leur maintien mais leur développement  pour retrouver une place de choix dans le concert européen du sciage ?

 

C’est à ces questions que l’étude prospective : scierie française à l’horizon 2016 veut répondre en se livrant à l’inventaire de la situation économique, sociale, politique et législative d’aujourd’hui et à ce qu’elle pourrait être dans une décennie. L’exposé se veut dynamique par les scénarios qu’il développe non dans un esprit d’exhaustivité mais plutôt dans celui d’une démarche ouverte sur le vivant et les problématiques essentielles (approvisionnement, transformation, vente, concurrence, consommation, promotion, emploi, marché, gestion durable…) soulevées par la profession, dans le cadre des rencontres de l’Observatoire du métier de la scierie, des comptes rendus de la presse professionnelle et des entretiens qualitatifs avec les praticiens.

 

2-Introduction à l’analyse prospective 

 

Face à un environnement de plus en plus complexe, aléatoire et concurrentiel, l’analyse prospective du secteur de la scierie veut apporter un éclairage de long terme à des chefs d’entreprise, mais aussi à leurs partenaires (fournisseurs, utilisateurs, banquiers, institutions…) sur ce que pourrait être le devenir du secteur économique de la 1ère transformation du bois en France à l’horizon 2016. Chefs d’entreprise et partenaires, focalisés sur leur activité présente, trouveront un outil de réflexion afin de prendre du recul pour mieux appréhender et accompagner leurs choix stratégiques à venir.

À la différence de la prévision qui trace des tendances à partir de modèles économiques connus, la prospective identifie les variables essentielles qui conditionneront l’évolution de la scierie.

Ces variables sont :

-          le contexte socio-économique,

-          le contexte géopolitique

-          le mode de vie de nos contemporains,

-          la protection de l’environnement,

-          la gestion durable du bois, 

-          le rôle des institutions publiques et privées dans l’aide au développement du secteur,

-          l’approvisionnement,

-          la vente des produits,

-          l’évolution des produits.

 

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Tableau détaillant le contenu des variables :

 

Variable

Contenu détaillé

Contexte socio-économique

 

 

 

- Influences de l’économie sur le niveau de vie

- Taux de chômage. Taux de croissance

- Adéquation de l’emploi entre l’offre et la demande

- Facilitation à l’accession à la propriété 

Contexte géopolitique

 

 

 

 

- Niveau de vie de la France et des autres pays

- Mondialisation

-Tension entre pays riches et pays en développement. Pays en développement qui peuvent faire  évoluer la consommation lorsque ceux-ci augmentent leur propre niveau de vie (Pays de l’Est, Chine, Inde)

Mode de vie de nos contemporains

 

 

- Chasse au gaspillage. Economie d’énergie

- Evolution vers un habitat écologique (isolation, structure, énergie…)

- Retour à la campagne (néoruralité). Positif dans le cas de l’activité suscitée mais négatif pour les contraintes liées à la pollution sonore et visuelle

Protection de l’environnement

 

 

 

 

- Crise de l’énergie liée au pétrole

- Armes législatives

- Lutte contre les pollutions sonore, visuelle, air, eau

- Contraintes financières supplémentaires pour les producteurs non répercutées sur les prix de vente (mobilisation de la ressource, transformation des grumes, revalorisation des sciages…)

Gestion durable du bois

 

 

 

 

- Prise de conscience du consommateur sensible aux enjeux de développement durable

- Transparence de la filière de transformation (écocertification ou logique de partie prenante)

- Evolution de la demande de bois écocertifié. Non spontanée, ni prioritaire en 2006 mais qui pourrait le devenir dans les années à venir

Rôle des institutions publiques (Etat, région, département, commune)

et privées

(syndicat professionnel, interprofession, CTBA…)

 

 

 

- Politique de filière (dynamisation d’un milieu) qui existe (appuyée par les pouvoirs publics) mais qui est « suivie de loin », voire ignorée par les acteurs  (80 000 entreprises pour  550 000 salariés)

- Financement par le biais du subventionnement plutôt axé sur les entreprises de production (le cas avec le FFN jusqu’aux années 2000)

- Propriétaires de bois public (Etat, communes, collectivités) trop éloignés des problématiques des transformateurs (conflit, tension, incompréhension)

Approvisionnement

 

 

 

- Système par adjudication ancien et plus adapté à des pratiques industrielles qui veulent sécuriser l’approvisionnement

- Des pratiques commerciales qui évoluent vers la contractualisation

- Un milieu forestier qui se concentre (coopératives, ONF, exploitants, ETF)

Vente des produits

 

 

 

 

- Marketing

- Campagne publicitaire CNDB

- Influence des produits écocertifiés

- Vente directe (petite quantité, sur-mesure)

- Vente massifiée (négoce, GSB)

Evolution des produits

- Evolution des besoins : du produit brut au produit élaboré

- Plus de technicité (bois massif reconstitué pour une facilitation accélération de la mise en œuvre)

-Recherche de sécurité pour les utilisateurs mais aussi pour les producteurs (évitement  des conflits   avec le client final)

- Sur le triptyque : « standardisation, massification, industrialisation », recherche du prix bas donc concurrentiel dans le concert de la mondialisation

- Traçabilité : origine du produit (demande des clients en rapport à la gestion durable)

 

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3- Des scénarios pour se projeter dans l’avenir 2016

 

Les scénarios font apparaître des tendances prévisibles mais aussi et surtout des ruptures possibles. Aucun des scénarios n’a plus de probabilité que les autres de se réaliser tel quel, mais tous contribuent à éclairer les « voies du possible ».

 

Scénario N°1 : 

 

Laminage du paysage traditionnel du sciage : les scieries industrielles renforcent leur position stratégique

 

Economique atone. Faible croissance. Chômage en dessus des 10 % de la population active. Crise pétrolière qui contraint à de nouvelles pratiques quant aux économies d’énergie. La « chasse au gaspillage » est présente dans tous les esprits.

La revalorisation des produits connexes afin d’alimenter les chaudières des séchoirs et des systèmes de chauffage collectif est devenue une pratique courante. L’approvisionnement des chaufferies collectives s’est structuré et des plates-formes de stockage, maillant le territoire, servent de stock tampon à proximité des besoins. On évite les longs déplacements, source de gaspillage énergétique, pour acheminer les plaquettes de scierie ou forestières sur les sites de production de chaleur. Les pouvoirs publics, après avoir encouragé par le subventionnement l’installation de  chaudières bois dans les collectivités et chez le particulier, subventionnent à présent le broyage forestier difficilement rentable pour les producteurs. La production de plaquettes forestières assure de plus des centaines d’emplois dans le secteur des entreprises de travaux forestiers qui trouvent là une diversification horizontale stable et durable.  La contractualisation des approvisionnements s’est généralisée aussi bien dans le domaine privé que public.

En matière de production de sciage, les scieries en dix ans se sont encore concentrées. On ne trouve plus que 1200 scieries éparpillées sur le territoire. La production est de 14 Mm3.

Les importations dans le résineux ont baissé du fait de la capacité qu’ont à présent les scieries industrielles à sécher le produit et à le revaloriser.  1 Mm3 est cependant encore importé.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      

La productivité a augmenté en même temps que les processus de transformation se sont modifiés sur les modèles nordiques, allemands et autrichiens. La masse salariale a chuté d’un tiers. 

Moins de 9 000 employés oeuvrent dans les scieries (1500 m3/an et par salarié, 11 500 m3/an et par scierie). Si le recrutement des commerciaux est facilité par une offre abondante, le recrutement  du personnel de production est difficile  à cause de l’image « usine » qui colle aux scieries de type industriel. Le personnel qualifié est introuvable du fait qu’il ne reste plus qu’en France deux centres de formation, un par apprentissage et un autre en temps plein, qui forment moins de trente jeunes par an sur toute la France. Le secteur paie son manque d’investissement sur le recrutement des compétences. Certains sont obligés de faire appel à du personnel qualifié étranger, notamment venant d’Allemagne, un pays qui a su maintenir une solide formation par alternance au sein des entreprises. De ce fait, la maintenance des lames, qui ont encore progressé en longévité et en tenue de coupe,  est systématiquement sous-traitée dans quelques entreprises d’affûtage qui maîtrisent parfaitement le métier. Ces mêmes entreprises proposent des services de maintenance sur site dans le suivi du matériel. Quelques prestataires assurent toujours la formation affûtage sur site aux scieurs qui conservent la méthode traditionnelle d’écrasement des rubans, soit par conviction, soit par nécessité (cas du sciage des bois mitraillés). Alors qu’en 2005, une enquête de l’Observatoire du métier de la scierie et de la MFLS, leader européen de la lame de scie, révélait que 65 % des chefs d’entreprise réalisaient eux-mêmes leur affûtage, ils ne sont plus que 20 % à le faire dix années plus tard.

Le secteur industriel récolte l’essentiel du marché du bâtiment et de l’emballage qui lui permet d’écouler les qualités secondaires. A présent, ce sont 20 % des scieries qui font 80 % de la production. Imitant les produits feuillus, les produits résineux sont normés et séchés à hauteur de 60 % du volume mis sur le marché. La pression exercée par le marquage CE et le respect des DTU ont poussé les producteurs à sécuriser au maximum l’offre en direction du secteur public mais aussi privé. L’exemple du développement de la maison ossature bois qui a amené une clientèle exigeante n’hésitant pas à judiciariser les litiges a fait évoluer l’esprit des producteurs qui se sentent plus des vendeurs de services que de simples prestataires de sciage. Le bois est aussi mieux trié et les choix plus optimisés. Le classement visuel a fait son temps mais perdure pour les emplois non structurels. Le classement des produits de structure, charpente essentiellement, se fait mécaniquement.

Quelques grands groupes, un par massif forestier, Landes, Massif central, Rhône-Alpes, Vosges-Alsace, Bretagne-Normandie, se sont formés par fusion acquisition pour atteindre dans le résineux une taille européenne qui situe l’offre de sciage à plus de 1 Mm3 de sciage par groupe. Ces groupes  sont capables de tenir tête aux majors européens. L’offre diversifiée par les produits bruts mais aussi revalorisée, séchage, rabotage, collage, est très présente dans la grande distribution. Les produits français sont appréciés par la traçabilité qu’ils affichent, premier critère d’achat. La gestion  durable a modifié les esprits.

La consommation du bois a triplé (0.180 m3 en 2004) et atteint 0.540 m3 par habitant. Les campagnes publicitaires, financées par les fonds prélevés chez les acteurs de la filière (CVO depuis 2005),  en faveur du matériau bois ont convaincu les prescripteurs et les maîtres d’ouvrage de l’intérêt écologique et économique de l’utilisation du bois. Ces campagnes ont enfin réussi à rétablir des exactitudes en combattant la contre-vérité. Des actions de lobbying contre les matériaux concurrents portent enfin leurs fruits.   De ce fait, la MOB a rogné presque 4 % de parts de marché à la maison « en dur ». Ce sont près de 20 000 maisons bois qui se fabriquent annuellement. Cette poussée a contribué à l’innovation de produits de plus en plus techniques et surtout de plus en plus standardisés et prêts à poser aussi bien dans le domaine de la construction que de l’aménagement intérieur qu’extérieur. Sur ce dernier marché, l’habitat de loisir s’est imposé comme un moyen palliatif d’accéder à la propriété le temps des vacances pour toute une catégorie de Français qui n’ont pas les moyens d’accéder à la propriété.

Le marché de la construction neuve et celui de la rénovation sont toujours aussi attractifs (taux bas des prêts, mesures étatiques) pour les ménages qui désirent accéder à la propriété dans le monde rural qu’il juge sécurisant. Pour ce marché, gros consommateur de bois brut, les produits sont standardisés. Avec la raréfaction des « scieries de pays », les habitudes des charpentiers ont évolué vers l’utilisation de bois normés acquis auprès des négociants. Ces négociants ont par ailleurs ont été obligés d’installer  leur propre scierie pour obtenir des produits spéciaux qu’ils ne trouvent plus localement dans des scieries qu’ils ont contribué à faire disparaître par des politiques de prix sans cesse tirés vers le bas.

Le négoce par son leadership est le « passeur » de sciages des  grands groupes de sciage capables de pratiquer des prix bas sans mettre en péril  leurs entreprises qui prospèrent sur des économies d’échelles possibles grâce à la massification des productions. Le secteur industriel préférant se centrer sur la production revalorisation de ses produits n’a pas été tenté de vendre lui-même, sauf pour les produits dirigés vers l’industrie du bois : charpenterie industrielle et traditionnelle, emballage, MOB, menuiserie.... Il préfère la collaboration constructive avec le négoce et la grande surface du bricolage. La  grande distribution a renforcé son offre au bricoleur tant sur le service (conseil, mise en œuvre), la diversité des produits que le prix bas. La part de dépense moyenne du bricoleur est passée de 600 €/an en 2004 à plus de 1100 €/an en 2016.

 

Le secteur artisanal de la scierie a été effacé. Il ne reste plus que quelques scieurs fixes ou mobiles atomisés sur le territoire qui subsistent sur le marché du sciage à façon, du sciage sur-liste et de l’emballage. Ce secteur  n’a pas su moderniser son outil de production, ni valoriser une autre image, celle passéiste du « petit scieur local » qui vivote sur un marché local. Le secteur artisanal est la première victime de l’industrialisation du secteur sciage. La vente directe n’a pas explosé et reste le revenu d’appoint, «non déclaré» le plus souvent car réalisé en marge de l’activité principale.

Le secteur semi-industriel a évolué vers l’industrialisation en rejoignant les « gros du secteurs » à qui ils apportent un savoir-faire particulier ou un produit, ou encore une essence phare qui s’inscrit dans une niche profitable au groupe entier.  Le choix de s’allier au capital d’un groupe puissant n’a pas fait l’ombre d’un doute à des dirigeants usés par des années de lutte inégales lorsqu’ils étaient indépendants, seuls maîtres à bord, mais tellement peu certains de perdurer ! Quelques groupements se sont formés de types GIE pour valoriser une ressource locale et des produits spécifiques qu’ils ont labellisé. L’offre est ainsi plus large et une activité de vente directe est adjointe dans certains cas par le biais d’un négoce indépendant et d’une petite surface du bricolage. Le groupement tient son rang sur quelques têtes au charisme et à la force de travail affirmés mais, en coulisse, a bien du mal à se développer face à la concurrence hégémonique des grands groupes nationaux et étrangers. À moyen terme disparaîtra-t-il sous les coups de boutoirs des concurrents ? Ou fusionnera-t-il au risque de   perdre l’âme de petits producteurs associés et passionnés ?

Ces deux derniers secteurs ne profitent guère d’une population néorurale qui a quitté la ville à cause du coût croissant du foncier et de l’immobilier. N’ayant pas su s’adapter à la demande, ni aussi se faire connaître comme prestataires de services et peu épaulées par le syndicat professionnel (FNB) et les organismes consulaires (chambre de métier, de commerce, d’agriculture), les scieries artisanales et semi-industrielles ont raté le rendez-vous de la vente directe par l’aménagement de structure de vente individuelle ou collective sur site de production ou sur les grands axes de communication. Cette clientèle, perdue pour les scieries, s’approvisionne dans la grande distribution des villes et revient à la campagne avec ses produits pour les mettre en oeuvre elle-même. Le bricolage est devenu le loisir préféré des Français. De plus, il permet aux ménages de réaliser des économies substantielles.

Les mises en chantier des 380 000 logements par an profitent surtout, depuis cinq ans, au logement collectif. La tendance s’est inversée. 1/3 des logements sont faits dans le secteur de la maison individuelle et 2/3 dans  l’habitat collectif. Le rattrapage de construction de logements sociaux est vraiment enclenché et les volontés politiques appliquées. La crise des banlieues de 2005 et 2008 a vraiment eu un effet levier sur la mise en œuvre d’un plan de grande envergure prônant la  cohésion sociale recherchée par les différents gouvernements qui se sont succédé. La société a enfin pris conscience que les 10 millions d’habitants vivant en périphérie des grandes villes devaient avoir un meilleur cadre de vie. De plus, des vagues d’immigration, pour répondre aux besoins d’emplois qualifiés non pourvus (bâtiment, hôtellerie, service…) ont  accéléré la reconstruction de l’habitat collectif. La société a accepté pour cela des financements publics, donc des contributions supplémentaires prélevées auprès des contribuables,  à la hauteur des grands projets qu’une restructuration des citées des années 50-60 impose.   Les grands ensembles disparaissent et sont remplacés par un habitat collectif à échelle humaine où le bois est souvent mis en avant. L’expérience des groupes scolaires, où le bois occupe la première place, a permis de constater que là où le bois est présent, les façades sont moins détériorées qu’avec le traditionnel béton. Sans parler du côté chaud et apaisant du bois qui a fait l’unanimité dans le choix des matériaux en  direction des moyens ensembles urbains. Le bois fourni dans les marchés publics est obligatoirement normé et répond aux exigences des cahiers des charges définis par les DTU appropriés.

 Dans le secteur privé si le nombre de logements mis en chantier annuellement a diminué, il a gagné considérablement sur les thèmes de la haute valeur environnementale et de l’économie d’énergie (isolation avec produits d’origine agricole (chanvre) ou sylvicole (bois), toits à tuiles photovoltaïques, eau chaude sanitaire solaire, systèmes de récupération d’eau…).

 

 

 

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Enseignements tirés du scénario N°1 :

        Laminage du paysage traditionnel du sciage : les scieries    industrielles renforcent leur position stratégique

 

            La scierie nationale se concentre en perdant 50 % de son effectif de 2006 et 40 % de son effectif salarial.

         La demande du bâtiment est forte en direction de l’habitation collective. De fait, les produits normés, qui répondent exactement aux exigences des DTU de la construction (un domaine qui absorbe près de 70 % du volume de bois), trouvent un débouché de volume.

            La scierie industrielle s’est adaptée en se concentrant par fusion-acquisition en laissant  le secteur artisanal sans souffle et sans perspective de développement. Un développement qui a été complètement raté pour le secteur artisanal, puisque la vente directe n’a pas été investie et que le potentiel proposé par le marché des particuliers n’a pas été capté.

            C’est le « négoce de ville » qui, grâce à son leadership, s’est adapté aux demandes des professionnels et des particuliers. Négoce et GSB vulgarisent   des produits et des techniques de mise en œuvre innovants et pratiquent  des prix bas grâce à la massification de l’offre.

            La demande des particuliers est moins vive en terme de volume (bien que les mises en chantier des MOB aient doublé en 10 ans) mais très active en termes de qualité, de traçabilité (origine des produits), de prix (prix plus faible), de conseil (sur la mise en œuvre, l’emploi des produits de traitement…), de produit écologique (isolation, construction) d’origine agricole et sylvicole.

            Les pouvoirs publics et les partenaires institutionnels ont encouragé le pouvoir hégémonique des grands groupes et contribué à l’effacement progressif des « affaires familiales » qui, lassées par la concurrence acerbe, ont «jeté l’éponge», soit par  cession d’activité ou dépôt de bilan. De ce fait, le monde rural a perdu son tissu d’animateurs et se retrouve dans une désertification qui pose problème quant à la revalorisation de la ressource locale (petits lots, essences diverses) qui n’intéresse pas forcément les grands groupes qui cherchent plutôt dans la ressource des approvisionnements homogènes, des volumes et des tarifs bas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Scénario N°2 :

 

Développement local avant tout : Les scieries artisanales et semi-industrielles tirent leur

épingle du jeu en marge du secteur industriel

           

            Le secteur des scieries s’est concentré mais a perdu moins de scieries que dans la décennie 1994-2004. Seulement 600 scieries ont disparu en dix ans, alors que près de 1 000 ont disparu entre 1994 et 2004. Un volume de sciage de  près de 12 Mm3 est proposé par les 1600 scieries qui emploient une masse salariale de 11 000 salariés (moyenne de production : 1100 m3/salariés et 7 500 m3/scierie). L’offre de bois séchés est de 50 % du volume mis sur le marché.

Petites et moyennes scieries se sont donc maintenues, grâce en partie au soutien des pouvoirs publics et par une adaptation aux nouvelles contraintes socio-économiques : ouverture à la vente directe, groupement d’entreprises, travail en commun, modernisation des outils de production… En résumé : des entreprises qui ont fait le deuil d’un esprit individualiste pour s’ouvrir aux autres avec en perspective la sauvegarde du métier et des emplois et il faut le dire aussi la sauvegarde d’un capital familial acquis depuis plusieurs générations à force de  travail. 

Pour soutenir la vitalité des territoires, le financement public favorise depuis les années 2008 le développement des scieries artisanales et semi-industrielles tant par l’aide financière à la modernisation des outils de production, qu’à l’animation des réseaux de praticiens par le biais des interprofessions et qu’à la revalorisation de la ressource locale. Les seuils d’attribution des aides ont été totalement revus sur d’autres critères que ceux du volume sciage et de l’industrialisation à tout crin. L’Etat veut  soutenir le développement local par la valeur ajoutée au territoire qu’apporte l’activité du sciage (emploi direct et indirect, disponibilité et proximité de la ressource, sauvegarde des savoir-faire, revalorisation d’un produit local…).

Le Centre Technique du Bois et de l’Ameublement épaule davantage les secteur artisanal et semi-industriel en proposant aide et conseils au développement. Le subventionnement étatique et européen l’encourage, il est vrai, à s’investir dans le tissu économique des scieries. L’organe syndical s’est aussi recentré sur les secteurs artisanal et semi-industriel afin de mieux le soutenir. Un collège « scierie artisanale » et un collège « scierie industrielle »  ont été mis en place à partir de 2008 pour répondre avec plus de pertinence aux problématiques de chaque secteur. L’Observatoire du métier de la  scierie et la FNB renforcent l’état de veille et oriente les choix de la profession.

  Les chambres consulaires (métiers, commerce, agriculture) sont partenaires des entreprises en apportant formation et conseil sur tout ce qui touche au montage des dossiers de subventionnement, au développement produit, à la commercialisation et à l’utilisation des nouveaux outils de communication (Internet, Intranet). Des réseaux se sont créés. Ils valorisent les savoir- faire tout autant que les produits phares des entreprises sur l’ensemble du territoire. Les scieries locales sont enfin rattachées au modèle agricole et profitent des synergies du monde rural (artisanat, commerce, agriculture, service, loisirs…). Les partenaires institutionnels sont véritablement associés dans des contrats d’objectifs et de progrès avec les entreprises. C’est du « donnant-donnant ». Les entrepreneurs doivent accepter de collaborer dans des projets mutualisant des moyens financiers et humains.

La scierie artisanale est devenue un lieu où se vendent des produits (sciage, panneaux, parquet, lambris…) mais aussi des conseils avisés de spécialistes du bois. En marge du hall de sciage (visible mais volontairement non accessible à cause de la dangerosité), elle  vend en direct dans des locaux conviviaux, propres et sécurisés. Des locaux où l’on montre « les visages du bois » mis en scène (parquets assemblés, partie de charpente, bardage positionné, paroi de maison ossature bois…) mais aussi des produits de traitement, de la quincaillerie, des outils. L’accueil des particuliers, dont la part du chiffre d’affaires déclaré représente 50 %,  est systématisé à partir du vendredi matin jusqu’au samedi midi afin de pas interrompre la production les autres jours de la semaine. L’aspect artisanal est conservé  mais se polarise davantage sur le service que sur la production. Si « la scie ne tourne pas », ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de travail mais tout simplement  parce que les quelques salariés sont employés à faire du rabotage, du profilage ou servir un client. Le service à l’artisan professionnel du bâtiment (charpentier, menuisier) se fait tout au long de la semaine. Ce dernier trouve dans la « scierie de pays » un service réactif et surtout  des produits que la grande distribution n’a plus comme le sur-mesure. La proximité est aussi très appréciée. Elle  évite des pertes de temps considérables et improductifs (lorsqu’il faut aller s’approvisionner dans la grande distribution située en ville). Les négociants, de plus, rechignent à livrer loin de leur pôle d’activité de petites quantités de bois. Le travail en sous-traitance s’est accentué. Il a pour effet de valoriser davantage les savoir-faire et surtout de mieux rentabiliser les outils de production comme, par exemple, un séchoir.

Avec l’installation des néoruraux à la campagne, le temps libre généré par la réduction du temps de travail et des rémunérations plafonnées par une faible croissance, beaucoup se trouvent une âme de bricoleur. Extension de l’habitat, rénovation et réhabilitation de l’habitat ancien qui est plus attractif que le neuf, aménagement d’espace de loisirs, sont autant de débouchés pour le bois local.

On compte 450 000 mises en chantier (50 % le sont dans l’habitat collectif et 50 % dans l’habitat collectif)

Le secteur semi-industriel du sciage lui aussi encouragé par les pouvoirs publics, pour les mêmes raisons que le secteur artisanal, a appris à mutualiser ses outils de production (surtout les séchoirs, les centres de taille à commandes numériques, les stations de traitement, le matériel de transport…) ses savoir-faire, ses services et ses salariés (commerciaux, affûteur-mécanicien…). Un produit phare (essence ou produit fini) peut être l’élément commercial qui porte la renommée d’une région mais aussi  du groupement. Les scieries semi-industrielles transforment la ressource locale feuillue ou résineuse. Une ressource locale très convoitée aussi par le secteur industriel, même très éloignée, qui, pour alimenter son industrie, « met le prix » sur des lots que ne peut pas s’offrir la scierie locale pourtant à proximité. Un paroxysme qui exacerbe les passions et suscite toujours des conflits entre « les gros et les petits ». De plus, la contractualisation  couramment employée entre industriels et  coopératives (qui se sont encore concentrées) et ONF laisse penser aux scieurs du secteur semi-industriel qu’ils subissent une concurrence déloyale.

Des systèmes coopératifs se sont développés pour unir les forces devant les difficultés à lutter seul contre la concurrence des grands groupes. Les groupements, copiés au monde agricole, mettent en avant des productions régionales tracées et labellisées de type AOC. Cette démarche appréciée et reconnue permet de se démarquer de la grande distribution qui offre dans ses rayons des produits, certes tracés,  mais venant aussi bien des pays nordiques, que d’Allemagne, d’Autriche ou d’autres régions de France.

Les groupements d’entreprises, de préférence d’une même région pour faciliter la logistique, mutualisent les achats de matière première et se répartissent les lots selon les spécificités des entreprises : gros bois, petits bois, essences… Des plates-formes de stockage, côtoyant celles de  broyage, ont été créées de manière à billonner au plus près de la ressource pour ensuite acheminer les qualités correspondantes aux scieries du groupement. Le partenariat avec les coopératives forestières ou exploitants forestiers n’est pas exclu mais au contraire renforcé dans l’idée de rentabiliser au maximum les outils de découpe.

La vente est assurée sur place mais aussi dans des négoces, sous marque du groupement, ou encore chapeautée par une marque de la grande distribution afin de bénéficier des avantages des centrales d’achat pour d’autres produits que ceux de la scierie. Ces groupements mariant « gens du feuillus et gens du résineux » pour étoffer l’offre, épaulés par l’interprofession et les chambres consulaires,  sont visibles dans les salons aussi bien en France qu’à l’étranger. La gestion des groupements est assurée par des spécialistes de la communication et du management car, « faire travailler ensemble » des scieurs qui étaient hier des concurrents n’est pas une mince affaire ! Les nouvelles techniques de communication sont à présent maîtrisées. Elles permettent de travailler en réseau dans les groupements, même si les entreprises sont éloignées les unes des autres. Des sites conviviaux existent et facilitent le commerce en ligne. Un moyen très apprécié des commerciaux qui limitent ainsi les déplacements, et aussi les frais, pour mieux se centrer sur la satisfaction des clients en mettant en adéquation offres et demandes. 

A la production, le personnel qualifié est plus présent et mieux rémunéré. Les campagnes de promotion des métiers lancées (collaboration entre la FNB, le ministère de l’Education nationale et les centres de formation) dans les années 2007 ont porté leur fruit. Plus de jeunes ont rejoint les centres de formation initiale qui ont pu subsister et retrouver un second souffle, tout en s’adaptant à l’évolution des scieries (sciage, classement, séchage, revalorisation, maintenance). Les formations à la gestion des petites et moyennes entreprises qui adjoignent la formation commerciale (BTS, Licence professionnelle) sont présentes et permettent aux futurs chef d’entreprises d’être mieux armés pour affronter la concurrence. Bien que la grande distribution attire les jeunes à leur sortie de formation, le secteur scierie a su conserver des cadres commerciaux en leur proposant plus d’opportunités de développement personnel par une délégation vraiment effective et transparente. Les groupements sont très porteurs de cet esprit.

Le secteur industriel s’est concentré par fusion-acquisition ou association de type  groupement. Son outil de production s’est standardisé dans le résineux, chaque fois que cela était possible, sur le modèle nordique : canters en ligne plus chaîne de tri (avec triage mécanique intégré) plus traitement et séchage intégrés. On passe du bois calibré et de faible diamètre, mais on a conservé des lignes de sciages traditionnelles pour les gros bois et les feuillus. La scierie industrielle revalorise les sciages et cherche à proposer du produit fini prêt à l’emploi chaque fois que cela est possible. Des lignes de production de BMR fonctionnent dans plusieurs groupes. L’écoulement des produits se fait par le biais de la grande distribution et l’industrie du bois où les produits français sont aussi bien placés que les bois d’importation car normés, tracés et à prix égal du fait d’une production massifiée qui a gagné des points sur les économies d’échelle.

 

 

 

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         Enseignements tirés du scénario N° 2 :     

       Développement local avant tout : Les scieries artisanales et semi-industrielles tirent leur épingle du jeu en marge du secteur industriel

 

            La scierie française se maintient bien et augmente sa productivité par l’adaptation de son outil de production qui se standardise et s’automatise totalement. Le secteur industriel a intégré le classement mécanique des sciages destinés à la structure et le séchage accéléré lorsqu’il est préconisé par les DTU.

            Les secteurs artisanal et semi-industriel participent également à cette évolution par l’intérêt que leur portent les pouvoirs publics français et européen, le syndicat professionnel, les interprofessions et les chambres consulaires. L’aide au développement est devenue une priorité pour soutenir le maintien de l’emploi et la valorisation de la ressource locale.

            Alors que le secteur industriel déverse ses produits vers l’industrie et la grande distribution, les secteurs artisanal et semi-industriel, eux, s’investissent dans la vente directe de proximité et le négoce en groupant l’offre en direction des professionnels et des particuliers du secteur urbain.

            Des contrats de progrès et d’objectifs sont signés avec les partenaires (pouvoirs publics, interprofessions, chambres consulaires…) qui financent et encouragent le développement : mutualisation d’outils de production, partage de savoir-faire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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            Scénario N°3 :

Les fusions-acquisitions ont cassé le caractère familial des scieries qui perdure cependant  

dans l’artisanat. Explosion du secteur semi-industriel

 

Les fusions-acquisitions dans le secteur industriel ont laminé le paysage français des scieries.          Les entreprises performantes et prospères rachètent non pas un équipement de production         mais une clientèle et surtout une capacité d’achat de bois.

Il reste moins de 1 000 scieries qui produisent près de 14 Mm3 avec une masse salariale de moins de 8 000 salariés. La productivité a fait un bon considérable. Un salarié produit près de 1 800 m3/an et une scierie 14 000 m3/an. On est loin des moyennes de 2004 et des 700 m3/an et par salarié et des 4 500 m3/an et par scierie (tout en sachant que trois groupes se partagent plus de 9 Mm3 produits en France).

Il ne reste dans le paysage des scieries françaises que, d’un côté les  industriels, soit 30 % réalisant 85 % du volume, et de l’autre les artisans qui ont perduré  sur le marché local du sur-mesure. Quelques scieries de type semi-industriel, qui n’ont pas franchi le cap de l’industrialisation en s’alliant ou en étant absorbées par un groupe, survivent sur des niches bien précises. La représentation syndicale (FNB) n’est plus qu’un club de scieurs, quelques centaines de membres, d’origine industrielle. Les artisans ont rejoint le syndicat des entrepreneurs du territoire où sont mieux représentés leurs problématiques et leurs intérêts. Un seul centre de formation au métier de la scierie subsiste en France. La formation continue est assurée par quelques prestataires. La formation des cadres commerciaux est soutenue.

Les grands groupes, qui se sont formés à la suite de l’apport de capitaux, ont souvent  changé de main. Les entreprises ont perdu leur caractère familial. Des majors européens du sciage, aussi bien dans le feuillu que dans le résineux, se sont « emparés » d’entreprises à partir de 2010, à l’occasion de la récession économique qui a duré jusqu’en 2013. Les grands groupes nordiques (Finlandais, Suédois) après la reprise ou le développement d’entreprise de sciage en Autriche, Allemagne, Tchéquie, Hongrie dans les années 2000, reproduisent le même schéma en France.

La crise énergétique perdure. On cherche par tous les moyens à baisser les coûts de transport qui sont devenus la principale préoccupation des producteurs.

 Alors qu’il y’a une dizaine d’années, les grands groupes cherchaient à s’implanter dans les pays de l’Est pour bénéficier des coûts faibles de la main d’ouvre, ils se sont recentrés sur l’Europe de l’Ouest qui, grâce à une mondialisation mieux régulée, a enfin trouvé ses marques dans une concurrence mondialisée. De plus, bénéficiant de « l’élargissement positif » de l’Europe, le niveau de vie s’étant élevé dans les pays de l’Est, il est moins intéressant de s’y installer, sans parler du niveau technique des outils de production qui n’ont pas suivi ceux de l’Europe de l’Ouest qui depuis dix ans  a réduit ses coûts de production. Les économies d’échelle réalisées par la massification de l’offre, qui a intégré de façon industrielle le débit, le classement et le séchage,  rendent  enfin les produits nationaux compétitifs. Un niveau de prix que ne peuvent plus tenir les bois d’importation à cause de la cherté des transports toujours en prise avec les fluctuations du carburant.

La reconnaissance écologique de l’emploi du bois dans la construction, loi sur l’air appliquée depuis 2006, a fait reculer l’emploi du PVC (fenêtres, porters) dans l’habitat collectif mais aussi dans le privé qui a suivi le mouvement. De plus, les importations de bois exotiques  se sont arrêtées sous la pression des lobbies écologistes et forcent à l’emploi des bois indigènes. Le bois contrecollé trouve de nouveaux débouchés et valorise enfin la ressource nationale davantage employée dans le feuillu (chêne, hêtre).

L’intérêt des groupes est de profiter des essences phares, reconnues et labellisées sous des appellations de type AOC, poussant dans chaque grande région française (douglas du Massif central, épicéa des alpes, sapin dans l’Est, chêne du Centre, hêtre dans l’Est, pin dans le Sud-Ouest…).

Au bout du compte, potentiel de la ressource et nouvelles pratiques liées à l’utilisation du bois ont motivé l’apport de capitaux  des grands groupes étrangers, tout en profitant aussi des savoir-faire et de « la religion de l’économie » propres aux scieries françaises.

 La position stratégique de la France quant aux possibilités d’exportation mais aussi pour l’économie d’énergie réalisée grâce à la proximité des centres de transformation a été au cœur des enjeux de la restructuration. Marchés du Maghreb et du Sud de l’Europe sont enfin à portée de main. Même si l’essentiel de la production est absorbé par la France, qui par ailleurs n’importe pratiquement plus (un million de m3 de sciage quitte même le pays). La balance commerciale s’est enfin favorablement inversée. La filière bois en sort plus forte car plus structurée autour d’acteurs, de poids, plus clairement identifiés. Des acteurs finançant par ailleurs et par l’intermédiaire la contribution volontaire obligatoire (CVO) les campagnes de promotion du bois. Le bois est enfin reconnu et de plus en plus plébiscité par les Français pour la construction de leur habitat. 40 000 MOB sont mises en chantier. Face à la demande, les processus de fabrication se sont industrialisés. Tout se fait en atelier. Du coup, les prix ont baissé en rendant la MOB très compétitive. De nombreux fabricants, dont des scieurs, sont devenus aussi des promoteurs d’habitat individuel (achat terrain, viabilisation et maison à  ossature bois clés en main). De nombreux constructeurs de maison ont ainsi investi le marché de la MOB en valorisant la haute valeur environnementale d’un habitat sain et écologique.

Inde et Chine au cœur d’une expansion économique et sociale sans précédent, sont d’importants consommateurs de bois de construction. Les pays nordiques et la Russie sont les principaux fournisseurs de l’Inde et de la Chine et freinent leurs exportations en direction de l’Europe de l’Ouest et du Maghreb.

L’approvisionnement, source de problème dix années plus tôt, s’est ouvert par la demande des groupes à une contractualisation systématique, tant sur les volumes, les essences que sur les qualités. Les vendeurs et mobilisateurs se sont habitués à ces pratiques qui ont enterré définitivement les ventes au rabais ou par soumission. Une révolution ! Des prix de marché sont fixés selon la fluctuation des cours. Dorénavant et même dans le secteur artisanal, les producteurs ne « courent plus les bois » pour estimer des qualités, des volumes et des prix.

Les coopératives, qui se sont encore concentrées, une par grand massif forestier,  ont montré le chemin d’une commercialisation moderne qui satisfait complètement les donneurs d’ordre de la première transformation. La contractualisation a obligé ces derniers à pratiquer un prélèvement plus adapté à la demande, à créer des plates-formes de billonnage à côté des plates-formes de broyage pour le bois énergie, à ventiler les produits billonnés sur les sites de transformation. L’ONF, sous la pression du milieu, a réécrit ses procédures de vente, réclamées depuis plus de vingt ans,  et les a mises en place en pratiquant les méthodes commerciales du secteur privé. Des alliances avec les coopératives permettent d’optimiser des matériels de mobilisation (exploitation forestière, logistique). Les coopératives qui se sont aussi investies dans le domaine du sciage à partir des années 2000 se sont servies de leur « expérience de scieur » pour faire évoluer les pratiques de mobilisation et de commercialisation des produits d’origine forestière. Le fait de pratiquer le métier de l’intérieur leur a fait prendre conscience de ce qu’il convenait de proposer aux producteurs de sciage : homogénéisation de l’offre tant en qualité qu’en caractéristiques dimensionnelles, réactivité, proximité…

Le secteur forestier est enfin en capacité d’abattre mécaniquement 90 % des 75 Mm3 de prélèvement annuel. L’amont de la scierie s’est donc complètement transformé  en modernisant totalement ses pratiques et sa production. Les exploitants forestiers se sont aussi concentrés et regroupés à l’image des coopératives forestières.

Dans ce contexte de massification, les scieries artisanales, soutenues par les pouvoirs publiques, sont les « passeurs » de petits lots de bois de proximité qui n’intéressent pas le secteur industriel. Elles sont aussi très appréciées pour le sciage à façon qu’elles seules peuvent réaliser.

Dans ce contexte nouveau, qui a fait un bon de géant en dix ans, les transformateurs centrés uniquement sur leur métier de scieur, se portent alors totalement sur l’aval et les besoins du marché. Le lien passionnel entretenu avec la matière par des générations de scieurs est rompu. Fini le temps où l’on « faisait des coups » à l’achat sur l’acquisition de volume de bois…

A présent, on ne parle que de traçabilité totale. Tout est certifié, normé, donc sécurisé au maximum. Les produits standards s’imposent automatiquement aux utilisateurs. Pour trouver du hors normes, il faut aller dans les scieries artisanales qui, du coup « vivent mieux » et peuvent  développer leur outil de production et leurs services (revalorisation, conseil, vente directe…).

L’installation des néoruraux à la campagne favorise depuis dix ans la vente directe dans les scieries artisanales mais aussi la multiplication des conflits de voisinage à cause de la pollution visuelle et sonore, véritable problème, surtout si la scierie est à proximité des villes et villages. En effet, le broyage mécanisé, qui s’est systématisé aussi bien au sein des scieries que sur les plates-formes, a accentué les nuisances sonores que le voisinage rejette massivement.

Les lotissements, qui ont poussé autour des zones d’activités industrielles et artisanales, créées dans les années 1980, provoquent des conflits qui se judiciarisent en mettant en péril à moyen terme la pérennisation des entreprises. Une problématique que les communes  ont du mal à appréhender et à gérer tant elles sont partagées entre la vitalité qu’apporte une population nouvelle et le maintien d’une activité artisanale ou industrielle traditionnellement implantée dans le monde rural et forestier !

 

 

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   Enseignements tirés du scénario N° 3 :

     Les fusions acquisitions ont cassé le caractère familial des scieries qui perdure cependant   dans l’artisanat. Explosion du secteur semi-industriel

 

        Le secteur de la scierie s’est industrialisé totalement grâce aux fusions-acquisitions de grands groupes européens qui ont apporté expérience et capitaux. Le potentiel de la ressource (feuillus et résineux), la technicité, la proximité avec les pays d’exportation du Sud de l’Europe et du Maghreb, le coût des transports fait que l’on vient s’installer en France.

        Ce recentrage se fait aussi par l’attrait du bois indigène feuillu provoqué par le quasi-arrêt des importations de bois exotiques.

         De plus, la sécurisation des approvisionnements contractualisés a attiré les investisseurs qui ont vu dans ce changement de pratique professionnelle le moyen de s’investir complètement sur l’aval, c'est-à-dire dans la revalorisation des produits.

         L’industrialisation permet d’augmenter la production mais aussi la productivité par scierie, et par salarié. Grâce à cela, les économies d’échelle permettent d’être compétitifs avec des produits correspondant aux standards de la construction : qualité, siccité, traçabilité…

         La reconnaissance écologique du bois et la loi sur l’air font consommer davantage de bois. 14 Mm3 de sciage sont produits et 1 Mm3 exporté,  preuve que le produit français est recherché.

        En parallèle des 300  entreprises industrielles   (30 %), le secteur artisanal et ses 700 entreprises (70 %) se sont bien restructurés grâce en partie au soutien des pouvoirs publics qui veulent maintenir la scierie locale. Cette scierie locale bénéficie de la clientèle des néoruraux (vente directe) mais doit supporter les conflits (liés à la pollution sonore et visuelle)  avec les nouveaux arrivants installés trop près des scieries.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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            4-Validation des scénarios 

 

            L’Observatoire du métier de la scierie s’est appuyé sur un groupe d’acteurs professionnels, adhérents ou non à l’association,  représentant la scierie et les intervenants pour construire, amender, compléter ou recadrer l’étude prospective : La scierie française à l’horizon 2016.

            Que soient remercier pour :

-          le secteur première transformation : scierie Bacot, scierie Vadot, scierie et négoce l Junet Bois, scierie  Haldric (Eurodouglas), scierie  Barronnier (Palettes du Lyonnais), scierie  Buisson, scierie  Poncin, scierie  Giorgis, scierie  Friederich, scierie  Berthillot, scierie mobile  Lescure, scierie Raffin, Christian Senegas et Michel Pompidou (Manufacture Forézienne de Lame de Scie), Gérard Blondeau (Rabotec), scierie Vuiton, scierie Rennesson, scierie Beal, scierie mobile Assier, Scierie Dupont, Jean-Paul Galland (GF services), Bernard Chalayer (Essarbois), Joseph Matray (séchage Matray), Alain Dulac (KITFORET), Thibaut CAUDEVEL (Qualisud), Vincent Micolod (Séchoir 3A)

-          le secteur exploitation forestière : André Souvignet et Pierre Galleron (S.G.Bois), Patrick Recorbet, Gilbert Levrat, Pierre Chalayer et Luc Detruy (gestionnaire forestier),

-          le secteur administratif et interprofessionnel : René Joennoz (DRAF Rhône Alpes), Benoit De Soultrait (COVALFOR)

-          le secteur formation :  Patricia Chalayer, Hélène Dumont, Lionel Amin et Maurice Chalayer (MFR Lamure-sur-Azergues, Bernard Lambert et Daniel Chapoutot  (Lycée du bois de Mouchard). Bernard Rerat (CFPPA Chateaufarine- Besançon), Pascal Vignon (LP L’Arbresle)

 

Les acteurs professionnels, accueillis le 1er avril 2006 par l’entreprise Junet bois, située à Saint Romain de Popey dans le Rhône, ont apporté les compléments suivants :

 

            -Sur les scénarios :

 

            - Les scénarios n°1 et n°3 semblent plus que réalistes. Même si les acteurs l’espèrent encore, personne ne croit guère au « réveil des institutions » décrit dans le scénario n°2 et qui pourrait doper les PME qui revalorisent au plus près la ressource locale. Beaucoup pensent, en effet, qu’il est plus facile de soutenir le développement (subventions) d’une grosse scierie de type industriel que dix  entités artisanales. Les exemples du passé sont là pour le prouver et bon nombre d’entreprises largement aidées par les pouvoirs publics n’existent plus aujourd’hui ou alors ont « changé de mains » …

            - A la lecture des scénarios et bien que ce ne soit absolument pas l’objectif initial de l’étude, on est tenté de procéder à une classification chronologique. En effet, le scénario n°2 trouverait un écho dans la situation actuelle, le scénario n° 1 dans une situation à cinq ans et le scénario n°3 dans une situation à dix ans.  Cette analyse confirmerait l’hypothèse  d’une concentration inéluctable du milieu en favorisant le secteur industriel.

            - En résumé, dans chaque scénario et malgré la complexité du milieu étudié, il y a des points fondamentaux  qui ressortent et qui crédibilisent l’étude mais il y a beaucoup de variables (économiques, sociales, politiques, stratégie européenne…) que l’on ne maîtrise pas. De plus, dans une filière comme celle du bois et de la forêt, forgée par l’histoire et la géographie, il y a en France autant de situations territoriales que de grands massifs forestiers et de bassins économiques.

 

            - Sur l’approche du marché :

 

            - Le bois a « le vent en poupe ». Porté par le courant « environnementaliste – écologie »,  ce n’est plus seulement une appréciation d’analyste mais bel et bien une réalité de terrain. Difficile de dire  si la courbe exponentielle (barre des 400 000 mises en chantier annuelle) se maintiendra dans le secteur du bâtiment (un marché de volume pour le bois dans la construction) ? Difficile de dire aussi si l’offre dans le secteur de la MOB évoluera vers plus de technicité, plus de volume et si  les partenaires de son évolution (les producteurs de sciage) seront au rendez-vous fixé aujourd’hui (demande de bois tracés, normés, séchés, rabotés, traités, collés) ? Il faudra suivre également l’adaptabilité (conseil, accueil, services) de la scierie à la vente directe pour capter les particuliers et les professionnels. Des particuliers qui viennent avec une idée et qui doivent repartir avec un concept bois et des professionnels qui viennent avec un cahier des charges bien précis auquel il faut répondre avec précision.

 

            - Sur les moyens de production :

 

            - Les problématiques liées aux difficultés de recrutement  sont déjà prégnantes ! Les écoles de scierie ne font pas le plein et certaines sont même menacées de fermeture. Cela ne pourra être que pire dans dix ans ? De ce fait, on se tournera de plus en plus vers la machine que vers l’homme ! Bien que les investissements soient énormes, on n’aura guère le choix… L’industrialisation de l’outil de production se fera chaque fois que cela sera possible. L’idée de la mutualisation des outils de production est bonne mais difficile à mettre en place du fait de l’éloignement des entreprises entre elles et de la peur de la majorité des entrepreneurs de scierie  de perdre des clients! Chacun d’eux veille à la survie de son entreprise. Il faut mieux perler de complémentarité, d’échange de savoir-faire. Il semblerait aussi plus facile à mettre en œuvre dans l’échange d’un « emploi partagé », comme par exemple un affûteur, un commis de coupe, un commercial…

 

            - Sur l’approvisionnement :

 

            - Face à la difficulté qu’à l’entrepreneur d’approvisionner aujourd’hui sa scierie, la contractualisation (sur un volume, une qualité et un prix) semble le moyen le  plus évolutif pour pouvoir enfin « se dégager du temps » aussi bien dans  l’entreprise industrielle qu’artisanale. Une pratique déjà largement employée à l’étranger qui permet de recentrer l’activité de transformation sur la mise en adéquation des besoins de la clientèle et des moyens de production de la scierie. Mais attention à ne pas perdre complètement le lien historique avec la forêt, source de l’approvisionnement des scieries, car la contractualisation (avec l’ONF, les coopératives, les exploitants forestiers) a aussi son revers à plus ou moins longue échéance. A l’image du monde agricole qui a vu son système coopératif intégrer  peu à peu par fusion acquisition les producteurs dans un système pernicieux ou ces derniers ont perdu leur pouvoir de décision, il ne faudrait pas que les scieries y perdent aussi leurs âmes ! Le mouvement n’est-il pas déjà engagé avec la prise de participation financière de coopératives forestières dans plusieurs scieries française ? A l’horizon 2016 dans quelles mains seront les scieries qui aujourd’hui sont encore  majoritairement d’origine familiale ?

 

            - Sur la revalorisation des déchets :

 

            - Le « déchet » de scierie (sciure, plaquette) devient un produit noble grâce à la revalorisation de la filière bois énergie. Cette filière devrait « faire avancer » le matériau bois et donner des orientations différentes à l’ensemble du secteur, de l’amont à l’aval. L’envol, il est vrai très largement subventionné, est pris aussi bien dans le domaine privé que public. Avec la crise énergétique, le mouvement ne devrait que s’accentuer dans les années à venir.

 

            - Sur la place des scieries dans le monde rural :

 

            - Les problèmes liés aux nuisances sonores sont confirmés et semblent s’accentuer. Qu’en sera-t-il dans dix ans ? Les populations nouvelles n’acceptent plus les contraintes de production engendrant le bruit soit par les moyens de production eux-mêmes (broyeur par exemple), soit par les moyens de logistiques qui les accompagnent (camions acheminant les grumes et enlevant les sciages et les produits connexes). Les extensions d’entreprises sont freinées par la délivrance de plus en plus contraignante de permis de construire. Dans ces conditions, comment se développer tant au point de vue des moyens de production qu’au point de vue de la vente des produits ? Une équation qu’il faudra pourtant bien régler si l’on veut maintenir les scieries dans le monde rural !

 

 

 

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     5- Recommandations/stratégies d’avenir de la scierie française d’après les conclusions de l’étude prospective

 

     En fonction des analyses et des scénarios précédents, des voies semblent se dessiner :

 

     1 : Concentration  et centration sur un métier : scier du bois mais aussi apporter de la plus-value au matériau 

 

C Concentration des entreprises de sciage

C Centration sur la pratique du métier : celui de transformer des grumes en sciages bruts et/ou

revalorisés.